Séquence 5

 

Anonyme, élément de décor pour L’Aigle à deux têtes, N.D.
D.R.

Le cinéma de théâtre

« Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit du dessin et dessiné de l’écriture. Il était normal que je m’exprimasse par l’entremise du film, puisqu’il est le type du mariage de ces deux alternatives. On y parle avec une image et l’image parle. »
Jean Cocteau dans Cinémonde n° 1000, 1953

En 1946, Jean Cocteau tourne La Belle et la Bête et en 1947, il reprend sa pièce L’Aigle à deux têtes pour en faire un film. Jean Marais fait ses débuts au cinéma et connaît la célébrité rapidement. Le film libère Cocteau de décors rigides et il tourne en extérieur : pour lui le cinéma est un art de la mise en scène.

La Belle et la Bête

Ce long métrage reste l’œuvre la plus connue du maître : vu par près de 4 millions de spectateurs l’année de sa sortie, son succès ne s’est pas démenti auprès des générations suivantes, le hissant au rang de monument du cinéma. Adaptée du célèbre conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, la version de Cocteau n’en est pas moins une démonstration éblouissante de la créativité de l’artiste, qui par la dramaturgie d’une mise en scène très élaborée parvient à construire une atmosphère féérique, mais filmée avec un grand réalisme.

L’Aigle à deux têtes

Dans la droite lignée du drame romantique cher au XIXe siècle, une reine veuve connaît un amour fulgurant avec le jeune poète anarchiste venu attenter à sa vie : devant le vif succès rencontré par sa pièce créée à l’automne 1946, Jean Cocteau entreprit dès l’année suivante une adaptation pour le grand écran.

Le film, s’il valut à Jean Marais et Edwige Feuillère un véritable triomphe, est quelque peu passé au second plan depuis dans la filmographie du poète : le pittoresque presque baroque de sa mise en scène le rattache en effet plus à la tradition du grand théâtre qu’aux courants cinématographiques que Cocteau a inspirés. C’est que cette adaptation relève, pour lui, de la recherche des « causes d’une certaine dégénérescence du drame, d’une chute du théâtre actif en faveur d’un théâtre de paroles et de mise en scène », qu’il attribue au cinéma moderne.

Les Parents terribles

Le tournage de ce nouveau film intervient immédiatement après celui de L’Aigle à deux Têtes. Jean Cocteau dispose d’une liberté complète pour sa réalisation, mais paradoxalement il préfère à une production grandiloquente la simplicité de conditions proches de celles d’une représentation théâtrale. Le film est en effet exclusivement réalisé en studio, dans un nombre de décors limités et avec seulement cinq personnages, et cette économie de moyens permet à l’auteur d’explorer au plus près la théâtralité du cinéma.

« Je n’ai rien changé à ma pièce… Je réalise avec ce film l’idéal du théâtre, promener les spectateurs de chambre en chambre… On est vraiment comme chez soi ici. »