Séquence 2

 

Anonyme, Le prestidigitateur chinois, portant le costume dessiné par Picasso, 1985
D.R.

Farce et sur-réalisme

Parade ou la naissance du « sur-réalisme »

Parade marque un tournant dans l’histoire du ballet, ainsi que dans la création de Jean Cocteau. Accompagné de Picasso pour le décor et les costumes, Satie pour la musique et Massine pour la chorégraphie, il compose un « ballet réaliste » joué pour la première fois en mai 1917 au Théâtre du Châtelet. Le scandale est complet et l’assistance révoltée. En sortant, Cocteau écoute un spectateur : « Si j’avais su que c’était si bête, j’aurais amené les enfants… »

L’argument est simple : devant un théâtre forain, sont présentés trois numéros servant de réclame au spectacle. Symboles du music-hall, du cirque et du cinéma, le prestidigitateur chinois, les acrobates et la petite fille américaine rendent hommage au spectacle populaire mais visent pour Cocteau à une fusion vers un « art total ».

Les Mariés de la tour Eiffel, « Mariage secret entre la tragédie antique et la revue de fin d’année »

L’expression « une poésie de théâtre » apparaît dans la préface des Mariés de la tour Eiffel : « L’action de ma pièce est imagée tandis que le texte ne l’est pas. J’essaie donc de substituer une "poésie de théâtre" à la "poésie au théâtre". La poésie au théâtre est une dentelle délicate impossible à voir de loin. La poésie de théâtre serait une grosse dentelle ; une dentelle de cordages, un navire sur la mer. Les Mariés peuvent avoir l’aspect terrible d’une goutte de poésie au microscope. Les scènes s’emboîtent comme les mots d’un poème. »

Spectacle complet intégrant danse, musique, masques et décors, la pièce relève de cet « esprit de bouffonnerie » revendiqué par Jean Cocteau et s’inscrit dans le prolongement de l’esprit nouveau du théâtre apporté par Guillaume Apollinaire.