4 - L’Engagement solitaire

 
Jean Cocteau, Le Mystère de Jean L’Oiseleur (planche 21), 1925

Cette séquence montre l’incompréhension à laquelle a été confronté Jean Cocteau, notamment en raison de cette pluridisciplinarité qui lui a été reprochée. Il est souvent considéré comme frivole et superficiel, car sa carrière et sa vie mondaine sont intimement liées. Son aspect dandy lui a porté préjudice. Cocteau incompris, Cocteau Ecce Homo… mais aussi Cocteau, créateur libre.

« Je suis un anachronisme, un homme libre. Je connais mal le dessous des cartes. Je le devine, hélas, plus simple qu’on ne le pense. »
Jean Cocteau, Démarche d’un poète (Der Lebensweg eines Dichters, 1953), réédition Bernard Grasset, 2013

Le poète s’est beaucoup défendu sur les attaques qui lui ont été faites.

« On compte les marcheurs solitaires, parmi lesquels je me range, et ma promenade sera d’une solitude incompréhensible puisque n’empêchant pas qu’on me prête des intentions funestes, qu’on me les invente, que les phares me cherchent et qu’on m’accuse d’herboriser à gauche ou à droite de la route, d’y récolter des plantes inadmises par la pharmacopée. »
Jean Cocteau, Démarche d’un poète (Der Lebensweg eines Dichters, 1953), réédition Bernard Grasset, 2013

Les critiques ont été nombreuses, que ce soit l’insuccès de son film Le Sang d’un poète (1930) ou l’échec de la pièce Bacchus (1952) qui créa une polémique avec François Mauriac. Les brouilles se sont succédé : avec André Gide, Marcel Proust, les surréalistes ou Jacques Maritain. Jean Cocteau s’est défendu à travers ses écrits (Journal d’un inconnu, Démarche d’un poète) et ses mémoires (Le Passé Défini). Il a eu le souci de s’expliquer pour la postérité, comme en témoignent ses lettres ouvertes à la jeunesse.

« On répète chaque jour à la jeunesse qu’elle ne connaîtra pas de lendemain […] On les pousse au crime en leur supprimant l’espoir. »
Jean Cocteau, Démarche d’un poète (Der Lebensweg eines Dichters, 1953), réédition Bernard Grasset, 2013

Il s’est également justifié par les préfaces destinées à d’autres artistes.

Il entreprend en 1936, avec son secrétaire Marcel Khill, un Tour du monde en 80 jours, sorte de voyage initiatique, à l’image de Phileas Fogg.

Ce questionnement sur soi-même et cette remise en cause ont été la démarche de toute sa vie. Les autoportraits dévoilent son introspection, notamment la série du Mystère de Jean l’Oiseleur.

Il compare par ailleurs la poésie à un ring de boxe. Très ami avec le célèbre boxeur Al Brown, il associe la symbolique de ce sportif à l’état du poète, la poésie active.

Son dernier film le Testament d’Orphée constitue son dernier message. Une des répliques finales lors de la scène du contrôle d’identité par les gendarmes résume la situation du poète : « Je n’ai pas d’explication à vous fournir. Un homme à pied est obligatoirement suspect ».