3 - Poétique de la peinture...

 
Jean Cocteau, Judith et Holopherne, 1948 – 1985

...ou Peindre sans être peintre

Jean Cocteau franchit le pas de l’écriture au dessin sous l’impulsion de Picasso à partir des années 1920. Puis toujours guidé par lui, il débute la peinture au début des années 1950.

De la poésie graphique, il passe alors à la peinture puis aux murs peints.

« Je n’avais jamais osé peindre. Je dessinais parce que le dessin est une écriture nouée autrement, la peinture, la gravure, la lithographie m’effrayaient. Je n’osais m’attaquer à des surfaces qui se défendent et se refusent. C’est Picasso qui me poussa et me fit honte de mes craintes… Je me suis mis à peindre par fatigue de l’encre et par un besoin de changer de véhicule, d’expulser ce qui m’encombre par d’autres portes. Je me suis mis à peindre parce que j’avais découvert que l’acte de peindre nous sort de nous-mêmes au point de nous anesthésier, de nous rendre insensibles à ce qui n’est pas le tableau. »
Jean Cocteau, Démarche d’un poète (Der Lebensweg eines Dichters, 1953), réédition Bernard Grasset, 2013

Les peintures de Jean Cocteau sont rares car elles n’ont été produites qu’au cours des dix dernières années de sa vie. La collection du musée en possède un certain nombre notamment parmi les plus célèbres : Naissance de Pégase, le combat de Jacob et l’ange, Madame Favini

Par ce médium, Jean Cocteau considère qu’il fait également de la poésie.

« La singularité de mon cas est peut-être de n’avoir ni dessiné ni peint de la main gauche, d’avoir davantage cherché dans le dessiné et le peindre un nouveau véhicule de poésie qu’un délassement. »
Jean Cocteau, Démarche d’un poète (Der Lebensweg eines Dichters, 1953), réédition Bernard Grasset, 2013

Il reconnaît d’emblée qu’il n’a pas l’aisance de Picasso en ce domaine, mais c’est là aussi l’attrait de l’expérience artistique qui le pousse à aborder la peinture.

Une de ses œuvres les plus importantes est la tapisserie Judith et Holopherne (1948) pour laquelle il dessine de nombreuses études. Il s’agit d’une « peinture traduite dans une langue de laine ». Nous présentons pour la première fois le carton de tapisserie peint par le poète pour les ateliers d’Aubusson, issu d’une collection particulière.

Parallèlement, Jean Cocteau aborde le travail mural, toujours sous l’influence de Picasso qui achève en 1952 sa célèbre fresque La Guerre et la Paix à Vallauris. Ainsi, le poète commence par décorer les murs de la Villa Santo Sospir à Saint-Jean-Cap-Ferrat, puis s’attelle à la Chapelle Saint-Pierre à Villefranche-sur-Mer, à la salle des mariages à Menton et à la chapelle Notre-Dame de Jérusalem à Fréjus.

Sa démarche est celle de la poétique de la peinture, hors de tout esprit élitaire et rationaliste. Il s’est toujours considéré comme un artisan et a souvent prôné la défense de l’artisanat. Chaque domaine artistique qu’il pratique s’enrichit du précédent.