1 - Écrire avec son sang

 
Jean Cocteau, Autoportrait, vers 1935

« Une ligne droite peut être méandreuse et […] les règles admises n’ont rien de commun avec les nôtres, je veux dire avec celles des écrivains qui laissent couler leur sang par le bec de leur plume. »
Jean Cocteau, Le cordon ombilical, Plon, 1962.

« […] je me suis mêlé à mon encre assez étroitement pour que le pouls y batte. »
Jean Cocteau, La Difficulté d’être, Éditions du Rocher, 1957.

Le parcours débute par le premier volet de la trilogie cinématographique de Jean Cocteau, le Sang d’un poète, présent au travers d’un extrait du film et d’œuvres s’y rapportant. Ce moyen métrage fut très mal reçu par le mouvement surréaliste qui cria au scandale pour plagiat, ce qui valut au poète d’attirer la haine de ces artistes.

Des clichés du photographe de plateau Sacha Masour à l’automythographie, cette première séquence brosse le portrait d’un poète de sa naissance artistique au mythe du personnage qu’il invente.

Poésie d’écriture

À travers la présentation de nombreux ouvrages de Jean Cocteau, l’importance est donnée à la ligne d’écriture, cette ligne qui se dénoue et devient le trait du dessin.

« Chez l’écrivain, la ligne prime le fond et la forme. Elle traverse les mots qu’il assemble. Elle fait une note continue que ne perçoivent ni l’oreille ni l’œil. Elle est le style de l’âme ».
Jean Cocteau, La Difficulté d’être, Éditions du Rocher, 1957.

Poésie graphique

Pour Jean Cocteau, la poésie d’écriture devient rapidement poésie graphique sous l’influence de Picasso qui le pousse à publier son premier ouvrage consacré au dessin .

Dans cette première partie de sa vie, Jean Cocteau se livre aussi à travers ses autoportraits et écrit son quatrième roman Les Enfants terribles , qui connaît tout de suite un grand succès public. Il s’agit d’un récit intimiste : Jean Cocteau est et restera cet « enfant terrible » durant toute sa carrière artistique ; du renvoi du lycée Condorcet au prétendu mariage avec Coco Chanel, il confond souvent fiction et réalité, il brouille les cartes.

Automythographie et impostures

Jean Cocteau s’identifie à plusieurs personnages mythologiques, au premier rang desquels Orphée, son alter ego, qui apparaît dans son œuvre à partir de 1925. Il lui plaît aussi d’écrire des mémoires imaginaires, dont le Grand Écart est le genre même de confession oscillant entre réalité et fiction. Cette approche mythologique de sa vie n’est pas sans le séduire : il a diffusé lui-même sur sa vie et son œuvre « des informations qui relèvent de l’art et même de l’art de la déformation poétique. »
Les souvenirs qu’il écrit – il le reconnaît lui-même – sont souvent confus : en fait, c’est sa vie qu’il met en scène. Mais la légende le rattrape vite et le dépasse même.

« J’ose dire qu’on a toujours parlé de moi avec une scrupuleuse inexactitude, et je m’en félicite, car si le double qu’on m’invente était à ma ressemblance je risquerai, lorsqu’on me rosse, de recevoir les coups. »
Jean Cocteau, Poésie critique II, Gallimard, 1960

Il se justifie alors par l’écriture de trois essais : la Difficulté d’être (1947), Journal d’un inconnu (1952) et Démarche d’un poète (1953). Mais ce sera en vain puisque les récriminations perdureront jusqu’à sa mort, du moins en France, les pays étrangers l’ayant toujours considéré avec bienveillance.

Un autre mythe revient régulièrement dans son œuvre : Œdipe, qui le ramène à son enfance, à la perte de son père et à ses liens étroits avec sa mère.